mardi 27 novembre 2007

Une mayonnaise qui en dit long pour un feu

Mardi 20 novembre [Communiqué de presse, Assemblée Générale de Strasbourg II ]
Contestations, mouvements étudiants et répressions


Les évènements survenus vendredi 16 novembre à l'Université Marc Bloch (UMB) et la manière dont ils ont été traités démontrent une nouvelle fois les collusions objectives qui animent l'ordre dominant administratif qui se fait le relais des logiques politico-économiques d'un gouverne-ment et la quasi totalité des media aussi bien papiers que télévisuels.
Un feu s'est effectivement déclaré dans une salle du bâtiment 3 du Patio au cours de l'Assemblée Générale réunissant près de 400 étudiants. Le Nouvel Observateur, pourtant déjà une vieille parution, écrit avoir « appris auprès de la présidence » que « L'université Marc-Bloch (Strasbourg II) a porté plainte vendredi 16 novembre après un début d'incendie à la mi-journée dans une de ses salles de cours ». Le même article cite Valérie Pécresse « condamnant avec "vigueur" un "incendie intentionnel (...) provoqué par des individus qui participaient au blocage de l'université" ». Benoîtement, les politiques, qu'ils soient femmes ou hommes, dans les media, peuvent sans crainte se faire juges et partis sans craindre l'attaque en diffamation. Sans rien commenter de tout cela l'article qui se veut sûrement relever d'un journalisme rigoureux, nous livre un fait comme une vérité d'Etat assénée avec tant de vigueur qu'on peut se demander si l'assurance de ces propos ne cachent pas autre chose. Faut-il encore rappeler, pour prouver « les vues et les bévues » de cette chère ministre, qu'il n'y a jamais eu aucun blocage à l'UMB. Le journal L'Alsace livre, lui, les propos du bras droit de Bernard Michon, Monsieur Baraton, véritable petit-chef et tyran du personnel : « Nous avons pensé que, pour ne prendre aucun risque, il était préférable de fermer l'université aux étudiants jusqu'à lundi ». Presque jamais, n'est dit que tous les amphithéâtres avaient été fermés dès 11h le même vendredi pour empêcher les étudiants de se réunir attentant, par-là, à leur liberté d'expression et les obligeant à se retrouver dans le hall principal du bâtiment. Rien 'est dit encore du fait que la fumée aperçue depuis quelques minutes par les étudiants n'a été officiellement signalée que par l'un des responsables administratifs et que, c'est seulement 15 à 20 minutes après ce constat susceptible de laisser croire à un nouveau bluff de I' administration, que les alarmes ont retentie. Faut-il voir ici, une faute de la fourbe administration qui, craignant qu'un étudiant ne déclenche les alarmes devant les bassesses d'un véritable blocage administratif (non annoncé) des amphithéâtres, aurait intentionnellement coupé les alarmes ? Pire, l'administration a-t-elle été jusqu'à trouver le moyen d'encourager d'une manière ou d'une autre ce type d'action pour décrédibiliser un mouvement en train_ de se constituer comme ce fut le cas, à Strasbourg encore, lors du mouvement dit anti-CPE où, on le sait, ce sont .des antigrève qui avaient incendié des thèses à la faculté de chimie pour reporter la faute sur les étudiants du mouvement alors en marche ?
S'il y a de quoi s'interroger, reste que tous les journaux s'emparent du pain béni que représente la parole officielle des personnes les mieux placées : comme si la vérité sur le monde, mieux, la vérité sur leur monde et celui qu'ils nous préparent, était celle qui faisait loi. Quand ce n'est pas cela, c'est le spectaculaire qui est mis en titre comme en ouverture des articles ou encore le formidable courage de Bernard Michon ayant porté une nouvelle plainte après les deux autres portées contre X pour : « des tags anti-CRS et anti-UNEF, tracés à la bombe à peinture noire» (tout le monde a vu que ces tags étaient gris métallisé) et des menaces verbales. Eléments évidemment indiqués dans un encart réservé à ce cher Bernard Michon dans les DNA. Un pouvoir en sert un autre et c'est peut-être pour cela que notre chère ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche « adresse plus particulièrement un message de sympathie et de soutien à Bernard Michon, Président de l'université de Strasbourg Marc Bloch et à l'ensemble de la communauté strasbourgeoise ». La liste serait longue des mises en avant et mises en exergues écœurantes de propos de personnes qui ont tout intérêt à ce qu'aucune contestation ne s'élève ; les présidents eux-mêmes, futurs chefs d'entreprise,
sont trop contents de voir leurs pouvoirs décuplés par la réforme que l'on veut faire passer au sein des universités. Les journalistes, les media, qu'ils en soient conscients ou pas, se jettent sur ces paroles d'évangile en définitive assez rassurantes pour eux et leur position, ce qui montre bien que dans notre pays, il y a une différence de traitement automatique de la parole et que l'on est plus à même de croire un membre de l'appareil, aussi vil soit-il, non pour la vérité de ses propos, mais en raison de la position qu'il occupe et en raison de l'ordre qu'il représente. C'est dire que la liberté de presse et la liberté d'expression, dans notre pays, sont aujourd'hui de vains mots, des croyances que l'on accepte comme cette blague du « travailler plus pour gagner plus ». Rien n'est dit par exemple des mots véritablement racistes qu'un administrateur a clairement exprimé à un étudiant, la parole de ce dernier compter largement moins que celle de ceux qui se définissent comme des « serviteurs de l'Etat » ; aussi injuste, totalitaire soit-il, il faut le servir, ce qui n'est pas sans rappeler quelques années noires. Rien n'est dit non plus de l'interdiction d'affichage dans le hall du Patio complètement vidé par l'administration, initiative allant réellement contre la liberté d'expression. Rien du tout.
Mais de monter les uns contre les autres les étudiants, le personnel dit IATOS, les professeurs ou les salariés, les media n'ont pas le monopole. En effet, si certains syndicats jaunes laissent tomber le front uni des intérêts communs pour aller négocier en catimini leur reddition, un autre s'exprime de manière assez ambiguë vous en conviendrez : « Nous ne soutenons pas les agissements irresponsables des quelques étudiants provocateurs ». Ce, alors que tout le mouvement étudiant réuni à la coordination nationale a voté le soutien ferme, massif et sans concessions aux différentes fractions de salariés en grève parce que les logiques qui les affectent sont exactement les mêmes (sur d'autres modalités) que celles qui affectent toute l'université. Il semblerait que ce soit moins la SNCF qui « redoute la jonction avec les étudiants » comme l'annonce le Monde, que l'Etat qui ne pourrait résister, comme ce fut le cas au moment du mouvement anti-CPE, face à un mécontentement unifié. Aujourd'hui, il faudrait que ce soit TOUT pour TOUS, ou rien d'autre que la lutte. Le chantage à la négociation ne touchera que certaines bureaucraties syndicales déjà déconnectées de leur base.
Les media et d'autres séides, véritables « casseurs de grèves » pour rêve de capitalisme tonitruant et élitiste, sont aussi parmi les complices patentés de ceux qui tentent d'empêcher un mouvement et de le réduire à de simples fauteurs de troubles sans cervelles, utopistes ou sans arguments. Les conditions de travail et d'apprentissage, l'augmentation généralisée des inégalités sociales que nous laissent entrevoir les différentes réformes sont inhumaines et intolérables : c'est parce que les étudiants réunis à Strasbourg et ailleurs ont conscience de cela et qu'ils militent contre un intérêt commun privatisé, que jamais ils ne se seraient tirés une balle dans le pied en allumant ce feu qui prend la forme d'un faux incendie fédérant vraiment ceux qui veulent nous réduire à « être de la chair à patron ». En l'état donc, l'Assemblée Générale condamne fermement cet acte, le déplore et se dégage de toute responsabilité.
De sorte que, s'il n'y a pas de fumée sans feu et que Valérie Pécresse continue «son appel aux syndicats et aux étudiants à cesser les blocages qui sont sources de violence et d'affrontements », il ne faudrait pas non plus nous faire prendre un feu pour une fumée, une cause pour une conséquence, car c'est bien sa réforme et celles qui s'appliquent dans le différents services publiques qui sont pour le moment « source de violence et d'affrontement ».
Aussi, le mouvement étudiant demande la convergence des luttes, l'unification des salariés du privé et du public afin de générer un mouvement où tous les intérêts seront représentés loin des querelles de clocher ou de toute forme de corporatisme ; un mouvement puissant qui puisse prendre de la hauteur non seulement pour constater que toutes ces réformes sont une seule et même choses qui vise à néolibéraliser les esprits et les conditions de vie, mais aussi pour trouver ensemble des moyens d'actions pour, ensemble, continuer une lutte légitime pour une amélioration des conditions d'existence de chacun.
AG, UMB
(Communiqué voté par l’AG, le mardi 20 novembre 2007)

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