Vendredi 16 novembre 2007
Contestations, mouvements étudiants et répressions
Les étudiants de l’université Marc Bloch (UMB) réunis en Assemblée Générale souveraine sont en grève depuis le 13 novembre pour demander l’abrogation de la loi relative aux libertés et aux responsabilités des universités (LRU). Très rapidement, une convergence des luttes à été affirmée avec les différentes fractions professionnelles exprimant leur mécontentement comme avec les sans-abris et les sans-papiers. Cette décision prend seulement acte de la logique systématique du gouvernement à mettre en pâture l’intérêt général aux entreprises privées.
Plus généralement, le système d’application fractionné des différentes lois ou réformes à différents niveaux est une mécanique cohérente d’ensemble qui vise surtout à homogénéiser pour mieux flexibiliser, précariser, (néo)libéraliser et, si l’on y regarde plus attentivement, empêcher toutes les formes possibles de contestations, de critiques. Devant le cynisme d’une droite qui se dit « décomplexée » et d’une semi-gauche molle, les étudiants ont décidé, en Assemblée Générale, de situer leurs luttes sur tous les fronts parce que ce qui semble une pluralité de dimensions n’est qu’une seule et même logique de marchandisation et de financiarisation : l’enjeu consistant à éviter le renforcement d’un régime où l’ordre de la « performance », de l’« efficacité », de la « concurrence », du « contrôle » ou du « contrôle des objectifs » sont de maîtres mots parce qu’ils sont aussi largement relayée et partagée tant dans le monde de l’économie que par les media dominants.
Et plus précisément à Strasbourg, si les étudiants inscrits à l’université désirent passer par un master professionnel, cette modalité de formation doit être maintenue sans frais supplémentaires d’inscription tout en laissant la possibilité aux autres formes de cursus de recherche relatifs aux sciences humaines, savoirs non-utiles à l’économie et réellement critiques, de construire leurs études et leurs objets spécifiques. Cette autonomie de la pensée ne demande pas une « autonomie » de gestion économique, mais une augmentation des personnels enseignants, des aides sociales et du budget de la recherche et l’enseignement supérieur, garantissant une indépendance vis-à-vis des contraintes économiques : le temps de la recherche n’est pas le même que celui du propre à l’économie qui conditionne la « performance ».
Face à la résistance du gouvernement et dénonçant également les faux-semblants de négociation mis en œuvre par des organisations non-représentatives, l’Assemblée Générale (de 600 étudiants) a décidé, jeudi 16 novembre, l’occupation (sans blocage) diurne et nocturne de l’Amphithéâtre I du bâtiment du Patio de la faculté. Le personnel dit IATOS et les professeurs de l’UMB avaient voté le même jour une motion soutenant le mouvement des étudiants et appelant à la grève pour le mardi 20 novembre.
Aux alentours de 21h20, le président de la faculté Bernard Michon, accompagné du secrétaire général Bernard Baraton et du recteur de l’académie Gérald Chaix (ces deux derniers adoptant une attitude de dédain et de mépris), est venu non pas négocier avec les étudiants mais leur expliquer benoîtement avec toutes les roueries du politicien que l’occupation n’était pas légale et que si la loi LRU pouvait peut-être poser de petits problèmes les arguments étudiants n’avaient aucun fondement. C’est à 22h50 que plus d’une centaine de gendarmes mobiles et CRS lourdement équipés ont méthodiquement encerclé la faculté avant de pénétrer en force à l’intérieur du bâtiment pour intimer à la soixantaine d’étudiants d’évacuer sans quoi ils utiliseraient la force. Les étudiants, une fois dehors se sont dispersés dans le calme, malgré la pression des policiers qui, toujours armés de boucliers et menaçants, se rangeaient en ligne.
Par cet acte ultime d’une grande violence, indiquant les accointances entre le régime néolibéral et certains des chiens de garde que ce régime trouve en masse dans certaines administrations, Bernard Michon, comme d’autres présidents d’université, nous montre bien que sous le règne sarkoziste l’emploi des armes est le seul moyen d’appliquer des politiques illégitimes.
Faut-il rappeler à Nicolas Sarkozy qu’un roi, même élu, ne peut s’endormir sur des baïonnettes ? Devons-nous rappeler aux « serviteurs de l’état » (tel qu’ils se nomment eux-mêmes) qu’il y a différents niveaux de légalité et que la liberté d’expression et le droit de grève sont en haut de la hiérarchie des normes ?
Nous nous alarmons de ces atteintes graves à plusieurs de nos droits constitutionnels et nous réaffirmons, face au monopole de la violence et de l’imposition soi-disant légitime d’un Etat où le « nettoyage idéologique » et la « karchérisation » sont les leitmotivs servant le néo-libéralisme inhumain, que nous continuons la lutte.
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